Parc National de Zahamena

Parc National de Zahamena

Aperçu

Le parc national de Zahamena est l’un des plus grands blocs de forêt pluviale de l’est encore relativement intacts à Madagascar. Inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO au titre des « Forêts humides de l’Atsinanana », il protège un gradient complet de forêt humide, depuis les contreforts proches du lac Alaotra jusqu’aux crêtes montagnardes, avec un relief extrêmement accidenté et une biodiversité très élevée.

Géographie et paysages du parc

Situé entre les régions d’Alaotra‑Mangoro et d’Atsinanana, le parc national de Zahamena se trouve à l’est du lac Alaotra, au nord‑est de Moramanga et au sud‑ouest de Toamasina/Tamatave.

  • Superficie : ~64 000 ha de parc, plus une réserve intégrale adjacente.
  • Altitudes : env. 400–1 500+ m.
  • Relief : collines serrées, crêtes étroites, vallées profondément encaissées, pentes souvent > 30 %.
  • Climat : très humide, pluies abondantes quasiment toute l’année, pic de novembre à avril.

Les paysages sont dominés par des collines entièrement boisées, des gorges profondes, des rivières rapides et des cascades, avec par endroits des vues lointaines sur la cuvette du lac Alaotra.

Circuits et sentiers

Zahamena ne dispose pas de réseau de sentiers « standard » :

  • Treks de plusieurs jours depuis Ankasy :
    • Montée à pied depuis Ankasy jusqu’à la limite du parc, puis immersion dans la forêt (camping ou nuits en village).
  • Randonnées de crête :
    • Itinéraires techniques suivant des crêtes étroites, offrant des vues panoramiques et l’accès à des noyaux de forêt très peu perturbés.
  • Exploration de vallées et rivières :
    • Descente de vallées forestières, franchissement de rivières, observation de cascades et de bassins naturels.

Les sentiers sont non balisés, souvent raides, boueux et glissants ; l’accompagnement par des guides locaux et porteurs est indispensable.

Faune

Le parc national de Zahamena est un hotspot pour la faune de forêt humide :

  • Lémuriens : lémurs bruns (Eulemur spp.), sifakas, lémuriens laineux (Avahi), microcèbes (Microcebus), lémuriens nains (Cheirogaleus).
  • Oiseaux : forte diversité d’endémiques de l’est (vangas, couas, ground‑rollers, mésites, tisserins forestiers), plusieurs espèces globalement menacées (IUCN).
  • Reptiles et amphibiens : caméléons (CalummaBrookesia), geckos de forêt, serpents non venimeux ; très grand nombre de grenouilles de forêt pluviale (BoophisMantidactylusGuibemantis, etc.), souvent micro‑endémiques.
  • Petits mammifères : tenrecs, rongeurs endémiques, chauves‑souris forestières.

De nombreuses découvertes récentes montrent que Zahamena reste une zone clé pour la recherche scientifique (ornithologie, herpétologie, botanique).

Flore et végétation

La flore de Zahamena est typique des forêts humides orientales, avec de forts taux d’endémisme :

  • Forêt de basse altitude (400–800 m) : grands arbres (Lauraceae, Myrtaceae, Sarcolaenaceae…), lianes, fougères, sous‑bois dense.
  • Forêt de moyenne altitude (800–1 200 m) : canopée plus basse, forte densité de mousses, lichens, orchidées et autres épiphytes.
  • Forêt montagnarde (> 1 200 m) : arbres rabougris, troncs très moussus, marécages de crête et fourrés d’altitude.

La structure forestière est encore peu perturbée dans le cœur du parc, avec plusieurs strates bien définies et une canopée fermée.

Importance écologique et culturelle

  • Conservation : noyau majeur du réseau des forêts humides de l’est, essentiel pour la survie de nombreuses espèces de lémuriens, d’oiseaux et d’amphibiens menacés.
  • Rôle hydrologique : la forêt de Zahamena alimente plusieurs bassins versants qui soutiennent l’agriculture du bassin d’Alaotra (riz, cultures vivrières) et l’approvisionnement en eau des villages.
  • Communautés locales : villages betsimi­saraka et autres communautés vivent en périphérie, avec une dépendance forte au bois‑énergie, à la riziculture et aux cultures sur brûlis ; Madagascar National Parks et des ONG partenaires mettent en place des projets de gestion participative et d’alternatives économiques.

Conclusion

Le parc national de Zahamena est l’un des rares endroits où l’on peut encore observer un grand bloc continu de forêt pluviale de montagne à l’est de Madagascar. Son accès difficile limite la fréquentation, mais pour les trekkeurs, naturalistes et chercheurs prêts à accepter une logistique lourde et des conditions rustiques, il offre une immersion exceptionnelle dans une forêt de l’est presque intacte.

Map

Comment s'Y rendre

Antananarivo → Ambatondrazaka : route asphaltée en bon état via Moramanga (6–8 h).
Ambatondrazaka → Antanandava : ~2 h 30 de piste très mauvaise, non goudronnée, 4x4 obligatoire.
Antanandava → Ankasy : ~10 km supplémentaires, tronçon le plus difficile, impraticable en voiture (montées/descentes, énormes trous) ; à pied en ~1 h.

Quand y aller ?

Meilleure période de mai à octobre, quand les pluies sont un peu moins fortes, les rivières plus franchissables et les pistes légèrement plus praticables (mais toujours difficiles). De novembre à avril, les pluies peuvent rendre l’accès Ambatondrazaka → Antanandava et la marche jusqu’à Ankasy très compliqués voire impossibles.

Activités

  • Treks de plusieurs jours depuis Ankasy vers le cœur forestier de Zahamena
  • Randonnées de crête avec vues sur la grande forêt humide de l’est
  • Observation ornithologique ciblée des endémiques et espèces menacées de forêt pluviale
  • Balades herpétologiques pour inventorier grenouilles, caméléons et geckos en forêt primaire

Conseils

Considérez ce voyage comme une expédition : longue route + piste 4x4 + 1 h de marche avant même d’entrer dans le parc
Portez des chaussures de trek très robustes et utilisez des bâtons : sentiers raides, boueux et glissants
Organisez guides expérimentés et porteurs via MNP / Ambatondrazaka / Ankasy
Emportez protection pluie complète (veste, housse de sac, sacs étanches) et un bon système de filtration de l’eau
Attendez‑vous à des hébergements très simples en village ou sous tente ; aucun lodge dans le parc